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Ce récit est une gracieuseté de Max Max C'était une drôle de jeune fille. Blonde, les cheveux longs retenus par un bandeau, toute de bleu vêtue, elle ressemblait à une collégienne versaillaise. Sa jupe plissée bien tirée sur ses genoux découvrait à peine le bas de ses jambes qu'elle tenait serrées. Le pull à col rond dissimulait mal une poitrine naissante Justine leva doucement les yeux pour examiner les autres voyageurs. Soeur Dominique s'était assoupie, elle qui n'aurait jamais toléré que la jeune élève puisse lever les yeux sur un homme. La voie ferrée n'était pas bonne et le compartiment bondé s'agitait de tremblements. Justine s'aperçut alors que son voisin d'en face la regardait. Le gros homme rougeaud détourna le regard lorsque les yeux bleus de Justine le fixèrent. C'était une drôle de jeune fille. Blonde, les cheveux longs retenus par un bandeau, toute de bleu vêtue, elle ressemblait à une collégienne versaillaise. Sa jupe plissée bien tirée sur ses genoux découvrait à peine le bas de ses jambes qu'elle tenait serrées. Le pull à col rond dissimulait mal une poitrine naissante. Un mouvement un peu rude du train réveilla Soeur Dominique. Immédiatement la vieille, furieuse de s'être assoupie, jeta un coup d'oeil sur la jeune pupille. Celle-ci avait repris la position à laquelle on l'avait éduquée, jambes serrées, yeux baissés. Soeur Dominique était satisfaite de celle-là : une bonne jeune fille, très obéissante, un peu secrète mais toujours prête à rendre service. Seule Soeur Dominique savait que la jeune orpheline était issue de la bonne société. Et même si le couvent l'avait recueillie très petite, à 4 ans, elle avait conservé cette distinction naturelle qui ne peut se transmettre que par les gènes. La mère supérieure de l'Institut Ste Ursule, soeur Emilienne, la mère supérieure, apprécierait la jeune fille que Soeur Dominique s'apprêtait à lui livrer. Accessoirement, elle se montrerait très généreuse pour Soeur Dominique, comme la fois précédente où elle lui avait amenée une élève prometteuse. L'Institut Ste Ursule était une école très particulière dont l'éducation choquait un peu la bonne conscience de Soeur Dominique. Mais le chèque que lui remettrait Soeur Emilienne ferait taire ce reste de morale. Justine ne perdait rien du spectacle du paysage. Au couvent, elle ne sortait jamais, les lectures étaient soigneusement filtrées et le seul homme que Justine rencontrait était le Père Damien, son confesseur, qui l'écoutait et la jugeait sévèrement toutes les semaines. Pour elle, tout était nouveau. Les deux femmes descendirent à L., où une voiture les attendait. C'était une limousine noire, que le chauffeur conduisait à bonne vitesse, sans dire un mot. Ils avaient bien roulé pendant une heure lorsque la voiture s'engagea dans une grande propriété, entourée de hauts murs et surveillée par des gardes tenant en laisse d'impressionnants molosses. Après avoir parcouru une longue allée bordée d'arbres centenaires la voiture stoppa devant le perron d'une grande bâtisse sombre. Sans se préoccuper du maigre bagage de Justine, Soeur Dominique, visiblement familière des lieux, s'engagea dans un profond couloir pour frapper à une porte. Un "entrez" sec retendit immédiatement et Soeur Dominique fit entrer la jeune fille. C'était un bureau immense, sombre néanmoins, au fond duquel une immense table couverte de livres cachait à demi une femme vêtue de noir, qui se leva à leur approche. - Ma mère, voilà la jeune fille dont je vous ai parlé. - Approche toi de la fenêtre, que je te voie. La jeune fille, intimidée par cette grande femme sèche, vient se placer à la lumière. - Elle a ses dix-huit ans ? - Depuis hier, ma mère. La mère supérieure appuya sur une sonnette qui provoqua immédiatement l'arrivée d'une autre soeur. - Installe-la dans le boudoir et prépare l'examen d'entrée, j'ai à faire avec Soeur Dominique. La soeur emmena Justine. - Vous connaissez nos conditions ? A-t-elle de la famille ? - Non, ma mère, elle est orpheline à la suite de l'accident de voiture de ses parents. Tous les papiers ont été détruits, elle n'a pas d'existence légale. - Vierge, bien sûr ? - Comme à la naissance , ma mère, elle n'a jamais vu d'homme sauf le père Damien. - Bien, bien. Bonne santé ? - Le carnet est là. - Tout ceci semble convenir, dit la Mère supérieure, je vous règle comme d'habitude. Elle sortit une cassette d'une armoire et compta les billets. - 50 000. Mais je veux que toute trace de son passage au couvent disparaisse et qu'on ne prononce même plus son nom ! - Vous serez obéie, ma mère. Soyez-en sûre. - Bien, alors, vous pouvez partir, il faut que je m'occupe d'elle. Et sans plus d'égard, elle congédia la vieille et sortit. Justine frissonnait. La soeur l'avait laissée ainsi, debout dans cette grande pièce, traversée par un rideau et seulement meublée d'une longue table derrière laquelle se trouvaient trois chaises. Elle était intriguée et même elle avait peur. On ne lui avait rien dit de ce qui l'attendait, et bien sûr, elle n'avait posé aucune question, mais elle avait lu dans les regards de celles qui l'entouraient une étrange inquiétude. Elle se demandait dans quelle sorte d'école elle se trouvait. La mère supérieure entra. C'était une grande femme sans âge, longue, à l'apparence très froide. Quelque chose choquait dans sa tenue. En fait, on se rendait compte que sa soutane, loin d'être rude et informe était faite de satin noir, et bien prise à la taille, de manière à faire ressortir les formes de la femme qui se cachait sous l'ecclésiastique. Une autre chose étonnait : elle était maquillée ! Discrètement certes, mais les cils, les paupières, la peau même étaient soulignés de fard, les lèvres rehaussées d'un rouge sombre. Elle dévisageait froidement Justine. Celle-ci voulut prendre la parole : - Ma mère, je voudrais d'abord vous remer ... - Tais-toi ! Tu parleras quand on te donnera la parole ! La mère supérieure alla s'asseoir derrière la longue table, ouvrit le dossier qui était posé là et actionna une sonnette. Deux soeurs habillées de blanc entrèrent et vinrent à leur tour s'asseoir à côté de la mère supérieure. - Ma fille, je vais t'expliquer la situation. Tu as tout intérêt à bien écouter car je ne répèterai pas. A Sainte Ursule, nous formons les jeunes filles à faire partie de la meilleure société. page 1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13 |
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